Lundi 22 février – Cathedra Petri
Petit temps de planification pour la semaine… il va falloir commencer à préparer un peu la venue de nos jeunes allemands. Dans l’après-midi, outre le livreur de la machine à laver, passent trois jeunes femmes de Sankt Clemens, venues aux nouvelles. Elles prennent le café, on parle un bon moment, puis nous voilà partis pour les vêpres, le chapelet, et finalement le dîner. L’une, Claudia, est autrichienne, peintre, et habite maintenant tout près de chez nous, dans l’ancien appartement d’un réalisateur de théâtre qui le lui loue pour une bouchée de pain. Chauffage au poêle à bois et le tout à l’avenant. Son amie Franziska est une allemande de l’est apparemment tout récemment convertie – elle apprend le Je vous salue Marie en faisant le chapelet avec nous. Enfin Marie n’est autre que l’amie camerounaise de Suzanne, qui habite dans le nord de Berlin. Sa famille est littéralement éclatée, le mari en Brandenburg, les enfants dans leurs propres appartements. Elle travaille dans une maison de retraite psychiatrique, faisant de son métier un véritable apostolat d’amour. C’est beau de l’entendre en parler. Bonne discussion avec les Montag au téléphone, ils viendront dîner le 12 mars.
Mardi 23 février
Suzanne et Claire font quelques courses et déjeunent à Catharinenstift avec Monica Urbanczyk. Je retrouve Claire pour un café en fin d’après-midi, puis nous allons à la réunion de préparation des « 48 Stunden Neukölln », un festival de rue qui aura lieu en juin, et a pour but d’animer le quartier en présentant par les rues, galeries et jardins le maximum d’événements artistiques et sociaux. Il y a là ce soir une centaine de personnes, à mon grand étonnement en majorité allemands. Une taïwanaise, quelques japonais, une belge, un français, un hollandais, deux ricains… les projets en revanche sont extrêmement variés. Ça va du mini-opéra de rue à l’automobile artistique (qu’entend-on par là, allez savoir…) en passant par toutes sortes de formes d’expression corporelle, de peinture, de musique (l’un se présente comme baladin-auteur-reggae-punk-rock). La réunion est menée rondement, tout le monde était à l’heure à peu de choses près, se présente brièvement, et les questions ne sont pas trop longues. C’est reposant ! Nous rencontrons à la fin quelques personnes intéressantes. Il y a d’abord notre voisin immédiat, guitariste klezmer, qui s’adresse à nous en disant qu’il habite une rue pleine d’africains et de palestiniens, et nous y inviterait volontiers. Il se propose aussi pour jouer pour nous à l’occasion si nous organisons quelque chose. Voilà qui n’est pas tombé dans les noreilles de deux sourds ! Il connaît bien sûr les Klezmatics, et reste comme deux ronds de flancs quand je lui dis que David Krakauer a joué pour nous. « Vous êtes drôlement gâtés », s’exclame-t-il. Ensuite, une jeune belge stressée comme un lièvre à l’ouverture de la chasse. Elle ouvre une exposition de photos et peintures ce samedi, et n’est visiblement pas encore tout à fait au point. Œuvres à voir sur www.alicekunstler.com. Puis c’est le tour de Nathalie van Yselt, que j’avais déjà vue lors de Nacht und Nebel. Elle nous invite à venir la voir à sa galerie (http://www.kaleidoskop-art.com), où elle vient d’inaugurer une expo photos. Enfin, nous croisons en bas un jeune membre d’une association qui maintient des WG pour personnes handicapées mentales. Il est intéressé, et nous dit de passer les voir. Nous rentrons à pic pour l’école de communauté, plutôt rude ce soir, surtout que je l’ai trop peu préparée – c’est ce passage de Maria in der Erlösung où Adrienne parle de la co-rédemption ; nous n’avons rien compris. En fait, ce qui préoccupe surtout les lecteurs ce soir, c’est encore et toujours la question de la liberté de Marie. Gudrun, maman de Rebekka, appelle, toute désolée de n’avoir pas su plutôt du WE à Berlin. Je suis très touchée de ce qu’elle dise qu’elle voulait venir avec ses deux filles restantes. Mais la distance est rédhibitoire (plus de 700 kms depuis Stuttgart). C’est l’anniversaire de Monika de Vienne, et nous l’avons un moment sur Skype.
Mercredi 24 février – Sankt Matthias
Tout normal… Claire a eu une très bonne rencontre avec une certaine Maud, responsable de la galerie où nous avions vu les œuvres du fameux SP38. C’est une fille énergique, et apparemment aussi capable d’écouter. Monica est revenue toute contente aussi d’un entretien avec une prof d’italien rencontrée dans une des écoles primaires où elle est passée aujourd’hui. Cette jeune femme avait le même diplôme qu’elle, et a appris l’allemand sur le tas avec les enfants de sa classe. Elle a des contacts aussi avec la communauté catholique italienne, dont certains semblent tout à fait prêts à l’aider. Nous passons après le dîner à la galerie de Nathalie, y voyons quelques belles photos, notamment d’un grec qui a rassemblé sur un mur le résultat de 12 ans de travail, prises de vue pleines de vie et souvent très originales et harmonieuses. On y voit d’ailleurs certaines images d’Athènes et des émeutes de l’an dernier, c’est terriblement oppressant. Je ne sais pas comment est la situation actuelle, mais ça ne doit pas être beaucoup plus drôle, maintenant que le pays est virtuellement en banqueroute. C’est dur de voir la violence croissante entre des jeunes décidés à tout casser après avoir été abusés par l’ambiance générale de trente ans d’irresponsabilité et de « bien-être social », et des policiers qui n’en mènent pas plus large et doivent défendre un état au bord du gouffre. Je n’ose pas imaginer ce que ce sera chez nous… le fossé est tellement large entre la réalité et l’état actuel de la société qu’on peut imaginer le pire. Demain arrive Isabel ! Il va falloir cuisiner, et bien ! Sympathique, nous pensons pouvoir rapatrier quelques meubles de chez les Nicolaus, si bien qu’elle trouvera au moins un lit, et peut-être une étagère.
Jeudi 25 février
Isabel est arrivée ! Elle a débarqué accompagnée par son père en fin d’après-midi, alors que nous portions les derniers meubles. C’est que ça a été une journée chargée : je suis parti rencontrer la responsable des arts du diocèse, pour qu’elle m’ouvre son dépôt d’objets sacrés ; pendant ce temps, Claire et Suzanne louaient une camionnette et jouaient des biceps pour charger tout un tas de meubles que les Nicolaus nous prêtent à long terme. De mon côté, après avoir traversé Karlshorst dans le doux pépiement des oiseaux – car c’est la première journée de soleil, et la neige fond à grande vitesse – je pointe le nez dans le fameux dépôt avec leur gardienne. Morose est vraiment trop édulcoré. Glauque ? Déprimant ? A pleurer ? Ce sont trois petites salles situées dans une aile à moitié en ruine d’un ancien hôpital transformé en fac catho de sciences sociales, qui ressembleraient aux toilettes d’un hôtel de passe de Harlem. Rien de rien ; calice. Meubles.
Vendredi 26 février
Arrivée de Gottfried, puis Alina, qui manque de faire tourner Monica de l’œil, puis Micha, Monica, Elisabeth et Stephan. Enfin Elisabeth, vers une heure. Isabel fait son premier boulot… nous préparons ensemble le livret du WE, avec le programme, un texte d’école de communauté, un texte d’Adrienne. Un petit groupe va visiter le Neues Forum en compagnie d’Eva, l’amie de Claire. Il sont enchantés, mais un peu fatigués après avoir vu une myriade de Botticelli et autres tavole su legno renaissance.
