• 30 marzo 2010
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Semaine du 22 au 27 mars

Lundi 22 mars

Bonne matinée de travail, avec Isabel qui se sent lancée, après la rencontre du bureau de l’association. En début d’après-midi, nous faisons notre réunion de communauté. C’est une belle rencontre, où chacun valorise les rencontres des deux dernières semaines. Je rencontre Gilles Roudières au Böse Buben Bar, jeune tourangeau, la trentaine, en stand-by depuis quatre ans et demi à Berlin, après avoir quitté un job parisien bien payé mais inintéressant. Gilles a un talent de photographe qu’il a mis au service du Printemps des Poètes. Il a suivi ici sa petite amie, originaire de Leipzig, et depuis vit de l’air du temps, photographiant Berlin.

Il est très sympathique. Nous parlons de Point-Cœur, de photo, etc. Nous parlons à un moment de maître, car il me raconte une expérience malheureuse avec un photographe célèbre qui l’a cassé en regardant ses photos de haut. Je lui dis combien c’est grand d’avoir un vrai maître, qui t’aime assez pour valoriser en toi ce qu’il perçoit comme germes de talent. Il répond du tac au tac, sans que nous n’en ayons parlé avant : « mais c’est ton job, ça, non ? » (je crois qu’il sait que je vais devenir prêtre, parce que Catherine, du PdP, le lui aura dit).

Il me parle de quelques photographes qu’il aime, notamment de Roger Melis, que je trouve magnifique.

Nous nous reverrons la semaine prochaine pour nous montrer nos photos. Monica et Claire sont allées passer la soirée chez Gaby, la focolarina.

Mardi 23 mars

Arrivée de Catharina et des meubles. Catharina Stich, la sœur d’Elisabeth, vient passer cinq jours ici. Elle a pris deux mois de disponibilité de son travail pour réfléchir sur sa vocation, mais s’est vu refusé le séjour qu’elle avait prévu chez les sœurs de la petite famille de Marie, si bien qu’elle erre de lieu en lieu.

Une fine équipe de l’hôpital Sankt Joseph nous apporte un beau chargement de meubles : trois bureaux assez vastes, quelques tables de nuit, un « salon » (fauteuils beiges simples avec table basse), cinq chaises couleur crème pas mal, une petite armoire. C’est une compagnie marrante qui prend le café avec nous : ils parlent tous berlinois – un accent à couper au couteau – sont très gentils, l’un d’eux s’intéresse vraiment, questionne. Ils répètent qu’ils peuvent revenir nous apporter des lits, etc.

Nous sommes invités à déjeuner par Monica, à Catharinenstift. Elle nous reçoit très bien, se met en quatre pour cuisiner… que des légumes ! Messe à Sankt Clara.

Mercredi 24 mars

Catharina et Claire vont visiter la maison de retraite catholique de Sankt Richard, à deux pas d’ici. Elles y reçoivent un très bon accueil. On peut imaginer que cela devienne un lieu d’apostolat pour nous.

Claire et Monica ont un baby-sitting, Isabel et Suzanne participent à l’école de communauté de CL. Il semble qu’il manque le responsable, qui a un peu de bouteille, car les filles sont effarées par le malentendu régnant dans les réactions des uns et des autres quant aux notions même les plus simples. Isabel raconte ingénument – on venait d’entendre parler de gratuité par père Jacques durant deux semaines, alors j’ai dû remettre les pendules à l’heure !

J’invite Catharina à m’accompagner une heure au Hofperle, où ce soir se tient un concert de MPB. La qualité des musiciens n’est pas à la hauteur, mais c’est malgré tout sympa. Nous éclusons une bonne bière. La pauvre Catharina est dans les affres de l’indécision vocationnelle, je crois tout simplement à la voir être qu’elle doit d’abord apprendre à vivre. Dur dur… si au moins elle peut passer quelques jours simples et heureux ici…

Jeudi 25 mars, fête de l’Annonciation

Temps de printemps, chaud, magnifique ! Nous allons prier le chapelet dans le parc de la Hasenheide, avant de rejoindre Sankt Clemens. Monica et moi avons la même idée d’inviter quelqu’un pour participer un peu à notre joie, si bien que nous avons deux hôtes à déjeuner : Soyoen, notre petite coréenne triste, et Claudia, notre petite autrichienne triste. C’est un bien beau moment, entre l’apéritif sur le balcon et le bon déjeuner préparé par Monica. Elles ont une foule de questions. Claudia est touchante. Elle a fui (?) Graz il y a trois ans, et vit maintenant comme elle peut ici comme illustratrice. Elle travaille pour l’instant sur un livre pour enfants, la vie d’un missionnaire autrichien en Chine, pour le compte d’une maison d’édition d’Innsbruck. Un type visiblement très intéressant, canonisé par Jean-Paul II il y a peu (Joseph Freinademetz). Nous passons un excellent déjeuner. Le soir, c’est Mato qui vient dîner. Il a du mal à parler d’autre chose que d’histoires d’églises, je comprends que ses fistons doivent en avoir un peu marre.

Vendredi 26 mars

Anniversaire de Suzanne. Nous le fêtons au petit-déjeuner avec un délice au chocolat préparé par Monica. Suzanne, notre amie polonaise, nous demande de prier pour un de ses amis qui vient de mourir d’un infarctus. 41 ans, et deux enfants encore petits. Dur. Nous prions le chemin de croix sur le retour, en traversant la Hasenheide. Certains carrefours sont contrôlés par des groupes de noirs, qui font quelque trafic louche. Autour des bancs, ça sent le chite à plein nez. A part ça, beaucoup d’enfants, turcs pour la plupart, et sur la pelouse des groupes de punks, des jeunes paumés, quelques rassemblements d’hommes d’un certain âge turcs ou albanais. Plutôt bigarré. Ça sent le printemps, il fait vingt degrés et le ciel est soudain bleu, les trottoirs se couvrent de tables de café, tout le monde est en chemisette et les portes des magasins s’ouvrent tout grand sur la rue, dévoilant leurs intérieurs.

Nous allons chez les Montag pour la soirée. Jan-Dirk et Judith ont préparé les choses à la grande. Judith s’est mise en quatre pour un bel apéro, fleurs et cocktail. Jan a fait des recherches pour nous présenter d’abord l’histoire de Berlin, de sa fondation en 1230 jusqu’en 1930 environ. Nous nous arrêtons à cette date pour regarder un premier film, « Symphonie der Grosstadt ».

Muet tourné en 1927, il montre Berlin à l’époque. La capitale est alors plus grosse ville industrielle au monde, compte 4,5 millions d’habitants, tourne comme une horloge et représente aussi l’avant-garde artistique du vieux continent, dans le bouillonnement suspect de la république de Weimar. Il est étonnant de voir qu’au fond, rien n’a changé depuis. Toutes les inventions modernes marquantes sont là, de la lumière électrique à la machine-outil, on voit défilés de mode et revues de variétés,… le film présente bien cet aspect à la fois très optimiste de la ville, avec sa promesse de vie et de croissance infinie, et son côté oppressant et broyeur d’hommes.

Arrivent les Nicolaus avec les enfants, moins Helmut, qui est coincé au bureau. Nous partageons le gâteau, Judith a un bon visage, Jan fait sauter le bouchon, Ute offre des boucles d’oreilles à Suzie. Puis nous voyons une partie du film des olympiades de 36, sorte de célébration mondiale de l’Allemagne nazie et paroxysme du culte du corps et de l’homme nietzschéen. Terrifiant. Jan finit en nous montrant des photos de Berlin qu’il a glâné ici ou là, qui montrent surtout le mur. On mesure le traumatisme…

Bref, excellente soirée. Je suis heureux de voir que c’est pour nos amis un moment qui les rend heureux, où ils peuvent se donner chacun dans son rôle, donc s’aimer mieux ; et puis nous donner une vraie nourriture, sur l’histoire de leur ville, avec leur amour pour elle, si apesanti par le nazisme et le communisme.

Samedi 27 mars

C/O : visite de l’expo Roger Melis. Ses portraits sont très beaux. Quelle chance de visiter une telle expo, cela redonne à la fois l’amour de la réalité et l’espoir en l’art. C’est donc possible de faire de belles choses émouvantes avec un appareil photo, puisque lui y réussit, avec tant de travail.

Je passe au Tacheles, n’y trouve que Adri, en compagnie d’un gars curieux, complètement silencieux, habillé genre lutin – pull de laine de toutes les couleurs avec capuche pointue lui descendant dans le dos. Adri a l’air heureuse, elle n’a toujours pas de lieu d’habitation fixe pour l’instant, mais à ses dires, le futur lui sourit. Quelle belle soirée ensuite chez Marie ! Marie, si belle. Très féminine, d’une grande dignité. Et ses récits de la maison de retraite, d’une grande beauté. Cela me donne envie d’aller la photographier pendant qu’elle travaille, avec ces personnes âgées malades psychiatriquement.

Nous avons connu son fils, Stephan, grand gars timide de 19 ans, qui forme un beau petit couple avec son amie Michèle.

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