• 15 marzo 2010
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Visite de PJ 1

Mardi 9 mars

Retour de Milan. Première messe. Discussion à propos du cinéaste rencontré à Hyères par père Jacques. Il me conseille de commencer par travailler avec un réalisateur, parce que travailler ainsi, même avec la meilleure intuition poétique, ne peut mener à un travail vraiment propre. Partir comme ça conduit selon lui directement au casse-pipe : du coup, grillé auprès des producteurs, et surtout, grillage du « produit » : l’œuvre d’art dont on parle. Du coup, père Jacques me propose de commencer en me trouvant un producteur, et en travaillant d’abord sur les besoins urgents de Point-Cœur : des vidéos pour la diffusion et la formation, à propos de l’Inde ou de la Fazenda, ou encore des interviews d’amis des enfants. École de communauté Skype à propos du WE.

Mercredi 10 mars

Visite à la Musenstube. Je passe voir Maki avec père Jacques. Elle est amusante, elle écoute depuis quelques jours exclusivement de la musique napolitaine, et fait des essais sans nombre pour calligraphier trois poèmes de Salvatore sur de grands rouleaux de papier. Nous frappe encore lors de cette visite sa simplicité et sa fraicheur.

Jeudi 11 mars

Visite chez Herrmann, le restaurateur de métaux. C’est un bonhomme d’une soixantaine d’années qui vit dans un quartier magnifique de Köpenick, une bande de terrain assez étroite couverte de villas entre la forêt voisine du Müggelsee et la Dahme. Il lui suffit de monter dans le ferry pour aller à Grünau, de l’autre côté de la Dahme. J’aime bien la rencontre avec lui, sa façon de prendre mon calice entre ses mains, de détailler amoureusement les petites réparations et les phases du nettoyage qui lui rendront sa fraicheur. Il avait un atelier assez important dans lequel il a restauré pas mal d’objets sacrés, dont par exemple les appliques et certaines grilles du Berliner Dom. Il m’indique une certaine sœur Dominika que je peux appeler pour me procurer d’autre matériel religieux. Elle me fait comprendre au téléphone que son ordre est de fait en pleine liquidation de divers couvents, si bien qu’il semble possible de mettre la main sur diverses choses. A quel prix, mystère. Je la rencontre le 6 avril.

Premier enseignement de père Jacques sur le début de Peut-on vivre ainsi. Il s’agit de la foi, et des critères pour une adhésion raisonnable. On passe donc aussi sur le mécanisme de l’idéologie, etc.

Nous assistons à un concert d’orgue dans une église protestante voisine. Par rapport à nos églises catholiques tout est cossu – chauffage, bancs moelleux, bar à l’entrée de l’église… le décor est assez terrible. Le concert est beau. Deux pièces de Pärt, Pari Intervallo et Mon chemin est fait de sommets et de vallées, deux pièces de Bach et deux autres de Messiaen.

Venue de Marie et son mari. Marie est une amie camerounaise dont j’ai déjà parlé, elle nous apporte un frigo dont elle ne se sert plus. Son mari est sympathique, ouvert. Entrepreneur de 74 ans (elle en a 33), il a travaillé dans 14 pays pour divers projets de travaux publics, des routes aux barrages. Il a déjà cinq grands enfants, et a épousé Marie en secondes noces au Cameroun en 1995. Il est plein d’histoires atroces lui aussi, venues de son enfance. Il a encore dans les oreilles la sirène des bombardements, voyait passer les traînées de condensation des B17 américains et autres Lancaster anglais allant déverser leur tapis de bombe sur Berlin. C’est la première fois que j’entends un allemand accuser ouvertement la réécriture de l’histoire et l’injustice des américains. Il dénonce l’estimation toujours à la baisse du nombre des victimes de Dresde (les chiffres officiels sont passés de 305000 à 18000, sachant que le nombre de corps identifiés est très réduit, à cause de l’utilisation de bombes incendiaires – on est de plus incapable d’estimer le nombre de personnes effectivement présentes à Dresde en avril 45, vu la quantité de réfugiés du front de l’est venus grossir les 630.000 habitants de la ville), etc.

Vendredi 12 mars

Enseignement de père Jacques sur les cinq critères de la foi. Avec les questions, cela dure un peu, mais constitue un excellent cours-école-de-communauté. Claire est bluffée…

Je passe une bonne partie de l’après-midi à chercher des ingrédients pour le dîner prévu – pâte d’amande, agar-agar (que je finis par trouver à la « Reform-Haus », type de magasin créé dans les années cinquante (?) pour la réforme de l’alimentation – quelle avance, ces allemands…), mais surtout poulet, que je dois me résigner à acheter surgelé chez LIDL. Pas la moindre boucherie par ici !

Dîner avec les Montag. Super sympa. Les deux filles sont là, un peu ennuyées au début, mais bien vite mises à l’aise par Isabel. Jan-Dirk est très à l’aise, et ne veut plus partir ! Il nous propose de faire une séance de cinéma chez eux, pour voir des films sur Berlin. Chouette, c’est une proposition à ne pas manquer.

Samedi 13 mars

Enseignement de pj sur la liberté. Monica va chez le traducteur officiel de l’ambassade pour faire reconnaître son diplôme. Encore un italien paumé, seul, famille éclatée. On dirait qu’elle les collectionne… évidemment ils sont tous très intrigués par elle !

Je passe la matinée avec pj à l’hôpital Sankt Joseph. Schwester Chiara, la responsable de cet énorme bahut, nous reçoit gentiment, consacrant un bon moment de son temps à nous montrer les meubles qui pourraient éventuellement nous servir. L’histoire de leur fondatrice est vraiment intéressante. C’est une femme de Silésie (dévidement, quelle région !) qui reçu l’intuition d’une nouvelle forme de service aux pauvres pendant une épidémie de choléra qui ravagea sa ville, Nysa (tout au sud de la Pologne aujourd’hui). Comme elle ne rentrait dans aucune case, avec son désir d’aller au plus près des malades, de les servir chez eux et non derrière les murs d’un hôpital, l’évêque l’envoya faire un noviciat sévère à Prague ; elle s’en échappa bien vite au nom de la vérité du charisme qu’elle avait reçu, et les quelques femmes qui l’avaient suivi au début fondèrent (sans elle, partie seule dans son coin, curieusement) le nouvel ordre.

Dans le métro, avec pj, incroyable aperçu de la dishumanité. Pas un seul visage normal, à part ceux des étrangers. Jeunes faisant la manche (du jamais vu…), types tout en noir, regard noyé, avec le black-métal rivé aux oreilles, personnes en surpoids, bonshommes queue de cheval cool, certains attachés à leur chien… terrifiant. Je vais dans l’après-midi assister au magasin Apple de Berlin à une présentation de Photoshop par un photographe professionnel anglais. C’est long (deux heures pas toujours passionnantes), mais il y a quelques trucs intéressants, et je trouve bon d’avoir un aperçu de comment bosse un homme du métier.

Dimanche 14 mars

Au matin, messe. C’est le dimanche laetare, et la parabole du Fils Prodigue, qui fournit à pj matière à reprendre les enseignements de ces jours-ci. C’est beau d’y retourner, à chaque fois avec un angle différent, et une joie croissante.

Suzanne a préparé un brunch fourni, après lequel la plupart partent pour une longue balade jusqu’à Sankt Clemens, pour l’adoration. Il y a sur le chemin un parc assez vaste, le Hasenheide, plutôt boueux en cette journée d’hiver prolongé, dont une partie est consacrée à une petite ménagerie sympathique, lamas, cerfs, poneys, émeus, chevrettes et autres bestioles. Nous sommes surpris en sortant de l’église par une averse de neige bien épaisse, qui fait tomber toute la communauté dans l’esprit d’enfance – et de fourberie, témoin certain prêtre dont je tairai le nom (qui s’est quand même pris un bel œil au beurre noir, petit cadeau semble-t-il d’un diacre dont je tairai aussi le nom). Bref, ça vole, et ça mouille.

Quatrième enseignement, où pj veut aborder la liberté. Nous en restons, du fait de nombreuses questions, grosso modo au thème de l’amitié. Monica est si passionnée qu’elle prend des notes sans discontinuer, pestant quand elle n’arrive pas à tout suivre – première fois ! Après les vêpres, dîner, puis Suzanne nous introduit au film Stalker, en lisant un passage du « Temps scellé ». Le film est duraille ! Difficile à suive avec attention tout du long, malgré la poésie des images. Mais des passages absolument exceptionnels. Le moment où le passeur se met à pleurer, comprenant que le physicien veut faire sauter son petit monde. Sa femme qui parle de sa rencontre avec lui. Son désespoir, affirmant qu’il ne sert à rien parce que plus personne ne croit à rien. Cette phrase : « la fragilité et la malléabilité est la fraîcheur de l’existant. » Arrive Elisabeth, qui vient pour la semaine donner aux filles un cours d’InDesign.

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