Lundi 15 mars
Après l’enseignement commence le cours. Elisabeth le fait de façon systématique, les introduisant et décrivant chaque outil du programme. Elle leur montre des livres de design qu’elle a apportés, leur fait faire des exercices. C’est très profitable pour les trois, et aussi pour Elisabeth. Je suis content qu’elle puisse suivre les enseignements de pj, et passer du temps ici, avec une vie régulière et des amitiés belles.
Mardi 16 mars
Déjeuner avec Helmut. Bonne rencontre, devant un steak argentin délicieux. Il passe en revue pour moi toutes les personnes de sa connaissance à qui il pense pouvoir nous adresser pour trouver un boulot. Il évoque surtout la possibilité de créer une sorte de bureau « interculturel » offrant traduction, cours de conversation française, accompagnement de groupes, etc., qui pourrait s’adresser en free-lance à ses amis avocats, aux associations d’échanges culturels, aux mairies de bleds jumelés avec des villes françaises, aux ambassades de pays francophones, etc. De fait, ce serait la possibilité, en écrivant des lettres de motivation à l’aveuglette, qui sait, d’avoir des jobs ponctuels d’accompagnement de délégations françaises à Berlin… Visite avec pj au Kupferstichmuseum. Décevant, car il n’est possible que de voir une exposition à la fois, d’une sélection de quelques unes des œuvres du musée. Dommage, c’est un des mieux fournis en Europe… eaux-fortes de Dürer, dessins, peintures, lithographies, etc.
Mercredi 17 mars
Soirée jazz au BadenscherClub.
Jeudi 18 mars
Enseignement de PJ ce matin sur . Dans la matinée, je travaille un peu mon film sur les rues d’Afragola. Nous partons pour l’adoration, Monica et moi, avant d’aller à Wedding pour une soirée du « Printemps des Poètes ». Quand on arrive, on nous annonce une heure de décalage par rapport à l’horaire prévu, et après une heure d’attente passée heureusement à visiter avec un nouvel ami, Manolo, deux galeries voisines, la technique ne veut pas y mettre du sien. Du coup, on part dîner avec père jacques qui nous a rejoints dans un resto africain voisin. Manolo est un jeune espagnol qui travaille ici comme architecte, et fait de la photo et de la poésie dans son temps libre. Il travaille aussi dans une bibliothèque associative voisine, mais il faut que je me refasse expliquer cela. Quand nous repassons, le concert va commencer : un argentin et une belge, habillés de façon farfelue, jouent et chantent, l’un de la guitare, et l’autre de la scie musicale. Nous connaissons à l’occasion Gilles, jeune photographe français très sympa ; Sandrine, qui montre son premier film, des interviews ; SP38, qui est là avec sa petite fille de 15 mois, et est un homme très touchant, très désarmé ; Irina, une designer russe qui expose des poèmes de deux artistes russes au destin tragique. Leurs deux familles sont passées par les armes lors des différentes vagues d’épuration soviétiques, l’une meurt de maladie, totalement seule et censurée, l’autre se suicide pendant la guerre.
Vendredi 19 mars
Je travaille sur deux montages pour le soir. Nous avons un enseignement de père Jacques sur la charité. C’est un enseignement magnifique, qui donne envie d’adorer. Adorer le Saint-Sacrement pour que ce moment-là d’émerveillement incrédule devant son choix à Lui envahisse toute ma vie ; adoration des personnes qui sont décisives pour ma vie, dans le sens de la reconnaissance de ce qu’elles me donnent l’infini… Eva vient dans l’après-midi à la maison, pour ensuite accompagner les filles à la soirée « Napule ». Pendant ce temps, je vais à l’adoration et à Wortwedding avec Monica pour préparer le spectacle. Nous y sommes accueillis par Nicola et Catherine, mais aussi par deux fillettes, Eda et Yogona, respectivement d’origine turque et albanaise. Elles se passionnent, nous aident, puis sortent sur le trottoir pour inviter les passants à venir à 20h. Bien leur en a pris, elles ont fait venir ainsi un jeune libanais, Hassan, qui a été bouleversé par les anecdotes napolitaines. Maki de son côté a fait son travail de façon soignée, avec cœur. Elle nous touche beaucoup. De la voir arriver toute joyeuse avec son sac à dos trop lourd pour elle, les bras chargés de ses rouleaux de papier et son nez en sang, après s’être levée à quatre heures du matin et avoir couru partout pour des boulots pas possible qui ne lui rapporte même pas de quoi vivre… et pourtant cette joie, qui me dit beaucoup de ce qu’est la foi : s’il n’y avait pas le bon Dieu, qui tient tout ça dans sa main, et donne le pain quotidien et la joie quotidienne, le tout serait absolument tragique. Arrivent une quinzaine de personnes pour la soirée. Je présente trois poèmes de Salvatore en les illustrant par le diaporama Carmela, un film en toile de fond présentant des vues d’Afragola prises un peu au petit bonheur hélas, puis un film fait à partir d’extraits des enseignements de Salvatore aux enfants. Nous avons tous été très frappés par la paternité de Salvatore, son attitude extraordinaire auprès des enfants. La soirée a été l’occasion de belles rencontres. D’une part, celle de père Jacques avec Jan-Dirk Montag, une conversation extraordinaire – il disait combien il était dégoûté par ce qu’il avait vu de l’Eglise hélas depuis trente ans, mais émerveillé de voir ce que nous étions : le christianisme vécu comme une rencontre. Quel jugement… Il jubile de nous voir, serait encore resté après minuit si Nicola n’avait pas fermé boutique vers 23h. Rencontre avec Hassan donc, ce jeune libanais. Rencontre à nouveau avec Irina et un de ses amis, de Kiev, très sympa. Architecte, mais travaillant pour vivre comme serveur dans un restaurant… Rencontre avec Claudia et Franziska, qui sont venues exprès. Rencontre avec Sara, une jeune femme de Cologne qui a longuement parlé avec les filles, apparemment très frappée elle aussi. Elle est amoureuse de l’Italie, et revivait rien qu’à voir les photos. Rencontre encore avec Gilles, à qui j’ai prêté mon appareil photo pour qu’il mitraille la soirée, et qui a demandé que nous nous revoyions autour d’un café pour que je lui parle plus de Point-Cœur. Eva était là aussi, si heureuse qu’elle en a bu trois verres de vin et a discuté toute la soirée à bâton rompu avec les filles.
Samedi 20 mars
Nous avons le dernier enseignement de pj ce matin, concluant avec la charité. Puis il nous donne quelques pistes à propos de sa visite. Arrivent ensuite Dorothee et Johannes, qui ont passé la nuit dans le train. Nous célébrons la messe ensemble, c’est un bien beau moment. Elisabeth chante très bien, et nous apprend un peu de liturgie allemande. Après ça, brunch pantagruélique avec crêpes, top. Nous sommes bien contents de pouvoir accueillir Doro et Jo ainsi, et aussi avec une chambre bien préparée, lits faits, etc. J’emmène père Jacques à l’aéroport, discutant avec lui divers points dans le bus. Belle conclusion à une belle visite ! Nous passons ensuite deux heures à discuter, Doro, Jo, Isabel, Elisabeth et moi. Je fais une longue intro en présentant les besoins actuels de l’association et tâchant d’introduire ce que désire père Thierry pour ici. Je crois que cela évite que nos amis réduisent l’association à leurs petites compétences. Nous cherchons où trouver de l’aide, etc. Isabel m’est pour tout cela d’une aide précieuse. Je raconte aussi deux trois événements récents pour ouvrir le débat. La discussion en soi n’a rien de folichon, il s’agit surtout d’organisation et de détails. Important néanmoins de comprendre leurs soucis, les problèmes avec le fisc, etc. De fait, on avance pas mal. Il y a pas mal de choses de fixées, Doro est un peu apaisée. Ca me saoule quand on se met à discuter des détails du WE qui aura lieu dans six mois, mais bon… Nous filons à l’adoration, mangeons un dürüm, puis filons à un vernissage à l’atelier de Maki. Soirée magique. Rencontre avec Jule und Hannes, Marie Geißler, Chadja. Jule et Hannes sont berlinois, amis d’enfance, tous deux musiciens. Jule enseigne le piano dans une école et la « technique d’Alexander » (apparemment une méthode de relaxation du dos), tout en se livrant depuis peu à l’accordéon. Hannes a étudié le saxophone, direction jazz, et s’est mis ensuite à la clarinette. Les deux ont fondé un trio klezmer avec un violoniste, remplacé ce soir par un violoncelliste. Comme Hannes est le compagnon de Marie, dont c’est le vernissage ce soir à la Musenstube, ils jouent deux fois pendant la soirée. C’est un régal, un moment magnifique du fait du lieu, de l’ambiance, des gens présents… La plupart ont la trentaine, sont dans le milieu de l’art ou du design, beaucoup ont un ou plusieurs enfants (ce que ça fait du bien de voir des jeunes avec des enfants…), et certains respirent la joie de vivre. Marie notamment, et une de ses amies avec un bébé dans le dos et un appareil photo en main – ses peintures d’ailleurs expriment une soif d’amour immense, tournent toutes autour du mystère du couple un peu à la façon dont le ferait un Chagall. Les filles ont un bon moment avec Maki.
Dimanche 21 mars
Messe catastrophe à 11h qui reflète assez bien le « dimanche de la Caritas » (c’est à dire sermon remplacé par une causerie inepte faite par une laïque, d’où l’on retire qu’il faut fermer le robinet pendant qu’on se lave les dents), puis encore un peu de travail avec Doro et Jo. Déjeuner, balade-chapelet qui se termine à la forge de Rixdorf. Le forgeron est un jeune homme très sympathique.
Adoration, dîner. Suzanne et moi passons chez Jens et Stephanie, mais ils ne sont pas là. Nous échouons du coup au Frühperle, bar très hype juste à côté de chez eux – jamais vu ça. L’incarnation du négligé, mais même pas le négligé étudié très parisien, non, le vrai négligé, sale, malcommode, pas accueillant, avec un gars hirsute au sourire ambigu qui te salue de derrière ce qui devrait être logiquement un comptoir. Pas de verres, ou quelques uns sales traînant sur une étagère de guingois, pas de carte, un frigo déglingué contenant quelques bières, qui poussent le concept jusqu’à ne pas avoir d’étiquette, s’appelant juste « Bier », et l’expliquant au dos : « das wahre Geschmack braucht keinen Namen » ! Le dit « serveur » avec lequel nous échangeons quelques mots est paulista, a vécu un an dans une voiture d’une ville allemande à l’autre, et a échoué ici il y a deux mois. Il évoque le fourmillement d’activité qui fait la renommée du boui-boui, les jam-sessions qui se terminent à sept heures du matin, les films bizarres projetés de travers sur un drap tendu dans un coin, etc.















